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Près de la mère morte, un fils ermite
Fait divers. Les pompiers découvrent un quinquagénaire reclus depuis des décennies.
JÉRÔME GUIDI
QUOTIDIEN : jeudi 17 juillet 2008

«J’ai vu un homme assis à table en train de boire un verre d’eau, avec à ses pieds un tas de poils. J’ai d’abord cru que c’était un chien mort, mais c’était ses cheveux.» Il y a dix jours, les pompiers de Menton (Alpes-Maritimes) sont appelés par des voisins inquiets de ne plus avoir un signe de vie de Thérèse Pagès, 76 ans, qui sera inhumée ce matin. A 20 h 45, ils se présentent devant la porte bleue de la villa défraîchie, située dans un quartier résidentiel de Roquebrune-Cap-Martin, havre de paix surplombant la principauté de Monaco, où une population plutôt âgée coule des jours tranquilles. «A l’intérieur, l’odeur était affreuse, tout était pourri dans la maison», poursuit le premier pompier à avoir franchi le seuil. Face à lui, un homme hagard et calme, très maigre, simplement vêtu d’un tee-shirt en lambeaux, d’un slip sale et d’une paire de pantoufles. Derrière, sa mère gît dans son fauteuil. Elle est décédée depuis moins de quarante-huit heures, visiblement d’une gangrène. Avec la chaleur qui règne dans la pièce ses jambes sont déjà en état de putréfaction. «J’ai dit à l’homme "votre mère est morte". Il m’a répondu "ah bon ? Je lui ai parlé ce matin !"»

Deux téléviseurs. Michel Pagès, 51 ans, vivait reclus ici, seul avec sa mère. Il n’aurait plus vu le soleil depuis l’élection du président Giscard d’Estaing, en 1974. Son teint livide tranche avec une chevelure noire qu’il refuse de couper depuis l’adolescence, et une barbe à sa mesure. Pour se déplacer, il est obligé de porter cette tignasse de près de trois mètres dans ses bras. Une contrainte toute relative, puisqu’il ne s’aventure jamais hors de la propriété. Ses journées, il les passe cloîtré devant deux téléviseurs réglés sur deux chaînes différentes.

En trente-cinq ans d’isolement total, il a quand même été aperçu par le voisinage. Toujours de nuit, dans le jardin ou sur l’escalier extérieur permettant d’accéder à l’étage de la maison. «Il était très méfiant et discret : il ouvrait la porte, passait vite la tête, refermait, et comme ça plusieurs fois avant de sortir», raconte la propriétaire de la maison mitoyenne, qui donnait de temps en temps des légumes de son potager à Thérèse Pagès. Tout le monde décrit cette vieille dame comme la voisine idéale : «discrète», «aimable», au comportement «normal» bien que définitivement brouillée avec l’hygiène. Elle ne recevait jamais de médecin, ni quiconque d’ailleurs, à l’exception du plombier venant réparer la chaudière au sous-sol. Depuis l’annonce de sa mort, qui a ému le voisinage, une enveloppe circule pour fleurir sa tombe. Le sort de son ermite de fils ne préoccupait guère jusqu’à présent. «On vient pas vous demander comment vous vivez ! Ils avaient choisi de vivre comme ça, c’est tout», s’emporte une employée de la superette située presqu’en face de la maison. Pudeur ou indifférence, personne ne demandait à Thérèse Pagès de nouvelles de son fils, et elle ne réclamait pas son reste.

Admis en psychiatrie. A un jet de pierre de là, à l’hôtel de ville, Mireille Fasiolo, l’adjointe aux affaires sociales, jure que «cette dame ne s’est jamais manifestée. Si nous avions connu son existence, les affaires sociales auraient fait le nécessaire». Pourtant, l’élue municipale confirme que Michel Pagès «a été scolarisé à Roquebrune jusqu’à l’âge de 14 ans ». Du CP au CM2, Jean-Louis était dans sa classe. Il garde le souvenir d’un garçon «très timide». «On l’avait pris sous notre aile pour pas qu’il se fasse piquer ses billes. Souvent, son grand-père le ramenait à la maison en le tirant par le bras ; il le rabaissait, lui disait qu’il avait l’air d’une fille avec ses cheveux longs», se souvient-il. Dans les heures qui ont suivi la découverte du corps de la mère, l’ermite a été admis en psychiatrie à Nice. Il devrait être rapidement placé sous tutelle, alors que son héritage occupe désormais toutes les conversations.

Des cousins du Nord se seraient déjà manifestés. Il faut dire que la succession vaut le déplacement. A elle seule, la maison familiale - près de 200 m2 habitables sur deux niveaux, à quelques enjambées de la plage et entourée d’un petit jardin planté d’arbres fruitiers et d’oliviers qui ne demandent qu’à être taillés - pourrait se négocier 700 000 euros. La rumeur prétend que la famille possède aussi un appartement à Monaco et probablement un compte en banque bien garni : le père, ancien valet de pied dans un casino de la principauté, avait en effet des revenus confortables, sa veuve dépensait peu. Après avoir vécu dans l’indifférence pendant plus de trois décennies, Michel Pagès devient, avec la mort de sa mère, un héritier très envié.

tabloïdni le soleil ni les environs ...
Moi ce qui m'a tout de suite marqué c'est l'histoire sit com de l'héritage et de cette partie de la famille qui se manifeste bien tard. Bon en droit français suffit-il qu'il y ai parenté pour avoi... Vendredi 18 Juillet 2008 - 04:39
jachyc'est triste
C'est triste cette histoire, cette homme Michel Pagès devais etre agoraphobes ou phobie sociale. Une maladie qui touche beaucoup de personne et qui malheusement n'est pas tellement reconnu comme elle... Vendredi 18 Juillet 2008 - 01:05
Moktar700,000 euros
Une villa stigmatisée par des évènements aussi tragiques aura du mal à trouver acquéreur pour 700,000 euros. En plus il y aura peut-être quelques travaux de rafraîchissement à faire...... Jeudi 17 Juillet 2008 - 15:27
betteravemanEnfin un vrai hippie!
Trois mètres de cheveux, faut le faire quand même.... Jeudi 17 Juillet 2008 - 15:13
SophieCaptain Cavern
Faut-il voir un lien de cause à effet entre la décision de se reclure et l'élection de Giscard d'Estaing ?... Jeudi 17 Juillet 2008 - 15:08
bic rose@Bob
Le type un peu ordinaire en question vivait quand même depuis deux jours avec le cadavre de sa maman... Je ne voudrais pas m'avancer, mais je pense qu'il n'était pas au top de ses facultés mentales... Jeudi 17 Juillet 2008 - 14:00
Bob@bic rose
Ca aurait pu être la responsabilité de ses voisins ou de sa famille de l'aider à passer le cap, s'il en avait manifesté le besoin, mais ce sont les flics qui l'ont envoyé directement en psychiatr... Jeudi 17 Juillet 2008 - 12:46
bic rose@bob
ça ne me choque pas qu'on cherche à savoir si le bonhomme pourra s'occuper seul de lui-même (évaluation psy) et je suis plutôt d'accord avec le système de tutelle et curatelle. Mieux vaut qu'on ... Jeudi 17 Juillet 2008 - 12:17
bic rosese mêler ou non des affaires des autres
Sans vouloir faire l'apologie du "tout pour soi", je trouve quelque peu discutable de se mêler de ce qui ne me regarde pas. Bien sûr, j'appellerais sans hésiter une seconde la police si je découvr... Jeudi 17 Juillet 2008 - 12:14
joInquiets de ne plus avoir de signes de vie mais elle sera bien inhumée!!
"Il y a dix jours, les pompiers de Menton (Alpes-Maritimes) sont appelés par des voisins inquiets de ne plus avoir un signe de vie de Thérèse Pagès, 76 ans, qui sera inhumée ce matin": drole de ... Jeudi 17 Juillet 2008 - 12:11
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