C'est un vilain coup électoral que vient de perpétrer Nicolas
Sarkozy. Ainsi, la police française a déployé des moyens importants
de surveillance et d'enquête pour piéger un exilé qui ne menace
plus personne depuis près de trente ans, qui a vécu pendant de
longues années une vie effacée d'activiste à la retraite, avant de
s'enfuir au bout de la terre pour se fondre dans un oubli
inoffensif et mélancolique. Et pourquoi ce geste sans gloire du
ministre de l'Intérieur ? Pour relancer une campagne dont on
sentait bien qu'elle commençait à patiner depuis la percée de
François Bayrou.
Il n'est pas question ici de sanctifier Cesare Battisti, ni
d'oublier que le mouvement dont il a fait partie a revendiqué des
actes sanglants, cruels et plusieurs fois mortels. Son comité de
soutien ne croit pas qu'il ait commis de crimes de sang. En Italie,
au contraire, beaucoup de personnalités à l'indiscutable moralité
démocratique l'estiment coupable. Ecrivain traqué en France,
Battisti est tenu en Italie pour un terroriste en fuite.
Mais telle n'est pas la question, au fond. De par les lois
italiennes, le prisonnier n'aura pas droit à un second procès qui
lui permettrait de faire valoir ses arguments. En son temps,
surtout, par la voix de François Mitterrand, la France avait donné
sa parole. Elle n'extraderait pas les réfugiés italiens dès lors
qu'ils cessaient toute activité, ce qu'ils ont fait. Le ministre de
l'Intérieur revient sur cette honorable promesse. L'acte est bas,
indigne d'une France généreuse. Paiera-t-il sur le plan électoral ?
Rien n'est moins sûr. De droite ou de gauche, le citoyen n'aime pas
ces vilenies.
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