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Nucléaire
Chirac parlant Iran, c'est de la bombe
![]() L'Elysée a dénoncé une «polémique honteuse». (REUTERS)
Face à des journalistes, lundi, le Président a minimisé la menace nucléaire, avant, mardi, de rectifier le tir. Récit d'un dérapage qui provoque un tollé.
Par Antoine GUIRAL, Olivier COSTEMALLE
QUOTIDIEN : vendredi 2 février 2007
Depuis début janvier, l'Elysée est tout entier mobilisé vers un
objectif prioritaire : réussir la sortie de Jacques Chirac et lui
sculpter le buste d'un sage, porteur d'un message fort sur tous les
grands dossiers planétaires. Jusqu'à présent, cela avait plutôt
bien fonctionné. Lors de sa série de voeux au début de l'année, le
chef de l'Etat est parvenu à poser, avec un certain écho, une série
de grands enjeux pour la campagne présidentielle à venir. Puis,
pour lui donner de la visibilité et montrer que sa voix compte
au-delà de nos frontières, ses conseillers lui ont concocté un
planning ponctué de prestigieux rendez-vous internationaux : la
conférence sur la reconstruction du Liban qui s'est tenue fin
janvier à Paris, la conférence pour une gouvernance écologique
mondiale qui s'ouvre aujourd'hui à Paris (lire page 13) et un
sommet France-Afrique prévu à la mi-février à Cannes.
«Polémique honteuse». Jusqu'ici donc, tout allait
bien... Mais, lundi, lors d'un entretien avec des journalistes du
Nouvel Observateur, de l'
International Herald Tribune et du
New York Times, tout a dérapé. Jacques Chirac leur a déclaré
que si l'Iran possédait l'arme atomique ce ne serait
«pas tellement dangereux». Jugeant que
«ce qui est dangereux, c'est la prolifération», il a estimé
que, si l'Iran envoyait une bombe (sur Israël, comme il le
sous-entend),
«elle n'aura pas fait 200 mètres dans l'atmosphère que Téhéran
sera rasé». Un point de vue en contradiction avec les positions
officielles de la France qui, Ã l'instar, de ses partenaires
occidentaux chargés de ce dossier au sein de l'ONU, exige que
l'Iran suspende son programme d'enrichissement d'uranium. Conscient
de sa bourde, il a tenté dès le lendemain, mardi, de corriger ses
paroles en invitant à nouveau ces journalistes à l'Elysée afin de
«préciser sa pensée». Et, lorsque les trois journaux  qui
s'étaient mis d'accord sur une date de publication commune de cet
entretien  ont publié hier leurs informations, l'Elysée a dénoncé
«une polémique honteuse». Avec dans son collimateur les
«médias américains qui n'hésitent pas à faire feu de tout bois
contre la France». Que s'est-il réellement passé entre Chirac et
la presse lundi et mardi ?
C'est d'abord une certitude en cette fin de mandat : Jacques
Chirac ne devrait jamais sortir de ses fiches. Lors de ses rares
entretiens avec des journalistes, elles sont pourtant
systématiquement étalées sous ses yeux : imprimées en gros
caractères, plastifiées, et avec des passages entiers surlignés en
jaune et rose pour bien insister sur
«les messages essentiels». Même pour des conservations dites
«off» dans le jargon journalistique (c'est-à -dire ne donnant pas
matière à citation directe de ses propos entre guillemets), le
Président ne s'aventure jamais à converser sans ses fameuses
fiches. Lundi, lorsqu'il reçoit les journalistes à l'Elysée, le
chef de l'Etat pose donc ses notes devant lui. Mais, lorsque deux
questions lui sont posées sur l'Iran au cours de cet entretien
consacré à l'écologie, il parle sans filet.
«Chirac nous fait une réponse axée sur le risque de la
prolifération, qui est, nous dit-il, sa principale préoccupation.
Il ajoute, dans une sorte de démonstration par l'absurde, que le
plus "dangereux", dans cette affaire, c'est la prolifération, et
pas tant le fait que l'Iran possède une bombe atomique», raconte
Guillaume Malaurie, codirecteur de la rédaction du
Nouvel Observateur. Et Chirac de prononcer la phrase sur la
vitrification de la capitale iranienne.
«Emmerdés». A cet instant, poursuit Malaurie,
«on a bien vu que les deux conseillers qui étaient présents  le
porte-parole Jérôme Bonnafont et une conseillère environnement Â
ont tiqué. Ils nous ont dit : "C'est off, c'est off", mais le
Président a continué à parler sans nous demander de couper les
micros ou quoi que ce soit. On est tous sortis de là en se disant
qu'on avait quelque chose de fort. Les journalistes du Herald
Tribune
et du New York Times
voulaient sortir l'info tout de suite, mais nos accords
prévoyaient que la publication ne devait intervenir que jeudi, jour
de sortie de l'Obs
.»
Mardi matin, au lendemain de l'interview, l'Elysée les appelle
pour leur dire que le Président souhaite les revoir.
«On a bien senti qu'ils étaient extrêmement emmerdés. Qu'ils
avaient le sentiment qu'une bourde avait été commise, assure
Guillaume Malaurie.
Le mardi, donc, Chirac nous reçoit une demi-heure, vers 14
heures, et rectifie son propos : "C'était un raccourci schématique,
extrêmement schématique. Plus encore, c'est une formule que je
retire." Il nous dit que, dans son esprit, c'était du off. Mais il
maintient que, si l'Iran envoyait une bombe, elle serait détruite
avant de quitter le ciel iranien. Nous avons tout de suite décidé
de jouer la transparence et de raconter dans le journal exactement
comment les choses se sont passées.»
Dans l'
International Herald Tribune d'hier, les journalistes
racontent avoir vu le lundi un Chirac
«aux mains légèrement tremblantes», «cherchant les noms et les
dates et s'appuyant sur ses conseillers pour remplir les
vides». Mais, le mardi, ils assurent avoir retrouvé un homme
«à la fois confiant et complètement à l'aise avec son
sujet». Des propos que l'Elysée ne digère pas. Le Château compte
pourtant de nombreux conseillers fans de la série télévisée
américaine
A la Maison Blanche, qui relate notamment les relations de la
presse américaine avec le pouvoir. Pour achever son mandat en
apothéose, comme il le souhaite tant, Chirac va maintenant devoir
réviser ses fiches. Libération ne peut être tenu responsable du contenu de ces liens. |
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